Cloner un logiciel avec l’IA : ce que l’affaire Adobe nous apprend

Copier un logiciel n’a jamais été aussi facile. Le faire vivre, en revanche, reste un vrai métier. Ce que les clones d’Adobe créés avec l’IA révèlent sur la valeur d’un logiciel.

Copier un logiciel n’a jamais été aussi facile. Le faire vivre, en revanche, reste un vrai métier.

Début octobre 2026, un développeur américain, Brandon Thomas, a publié gratuitement sept applications qui imitent la suite Adobe : Photoshop, Illustrator, Premiere, Lightroom, After Effects, InDesign et Acrobat. Il les a construites avec l’aide d’une IA, après s’être agacé une fois de trop des frais de résiliation de son abonnement (PetaPixel).

En quelques jours, le projet a attiré des dizaines de milliers de développeurs sur GitHub. Sa conclusion : « le logiciel, c’est fini ». La réalité est plus nuancée, et elle concerne toutes les entreprises qui utilisent ou font construire des outils numériques.

Pourquoi copier un logiciel est devenu facile

Un logiciel connu est décrit partout : documentation officielle, tutoriels, vidéos, forums. Une IA a lu tout cela et sait donc ce que chaque bouton est censé faire.

Les derniers modèles savent aussi travailler par itérations. Ils écrivent du code, le testent, comparent avec le comportement attendu, puis corrigent, pendant des heures, sans se lasser.

Résultat : reproduire l’apparence et les fonctions principales d’un outil ne demande plus une équipe pendant des années. Un développeur motivé et une IA peuvent sortir une première version en quelques jours. Aux États-Unis, certains développeurs passent déjà leurs week-ends à recoder les petits logiciels pour lesquels ils payaient un abonnement.

Un clone n’est pas un produit

Les applications publiées sont en alpha et leur auteur le reconnaît lui-même. Il promettait la parité avec Adobe en un mois, avant d’admettre que cela prendrait des mois (Atlabyte). Le 15 octobre 2026, le seul clone de Photoshop comptait déjà plus de 1 200 tickets ouverts sur GitHub, dont des applications qui ne se lancent pas.

Ce n’est pas un échec, c’est le vrai visage du logiciel. Écrire une première version est la partie la plus rapide. Le reste prend des années :

  • corriger les bugs que les utilisateurs découvrent chaque jour ;
  • gérer les cas que personne n’avait prévus ;
  • suivre les mises à jour des systèmes, des navigateurs et des formats de fichiers ;
  • garder l’outil sûr, rapide et disponible.

L’IA a rendu la copie facile. Elle n’a pas rendu la fiabilité gratuite.

Ce que les clients achètent vraiment

Le cas Adobe montre un paradoxe. Au deuxième trimestre de son exercice 2026, l’entreprise a annoncé un chiffre d’affaires record de 6,62 milliards de dollars, en hausse de 13 %. Dans le même temps, son action avait perdu environ 43 % par rapport à son plus haut (TIKR).

Les investisseurs ne doutent pas que les clients paient aujourd’hui. Ils doutent de ce qu’ils paieront demain. Quand une IA peut produire une image ou un visuel en quelques secondes, payer pour des fonctions et des « sièges » d’utilisateurs devient moins évident.

Ce qui garde de la valeur, ce n’est pas la liste des fonctionnalités. C’est le résultat obtenu et la tranquillité d’esprit : un outil qui marche demain matin, des données en sécurité, quelqu’un à qui parler en cas de problème. Personne ne résilie un abonnement pour économiser quelques euros par mois si cela l’oblige à maintenir lui-même un logiciel.

Le nouveau critère : être utilisable par les IA

Un autre changement se joue en coulisses. De plus en plus de projets démarrent par une conversation avec une IA, et c’est elle qui suggère les outils à utiliser.

Elle recommande naturellement ceux qu’elle sait utiliser : bien documentés, fiables, et faciles à brancher. C’est là qu’intervient le MCP (Model Context Protocol), une sorte de prise standard qui permet à une IA de piloter directement un outil.

Un logiciel difficile à connecter disparaît peu à peu des recommandations. Un logiciel ouvert et bien documenté entre dans la boîte à outils par défaut de toute une génération de projets. La visibilité ne se joue plus seulement sur Google, mais aussi dans la réponse d’un assistant IA.

Ce que ça change pour vous

Si vous dirigez une entreprise, ne choisissez plus un outil sur sa liste de fonctions. Demandez-vous qui le fera évoluer dans trois ans, qui répondra en cas de panne, et s’il pourra se connecter aux outils d’IA que vous utiliserez demain.

Si vous êtes développeur, votre valeur se déplace. Écrire du code compte moins que comprendre un besoin, faire des choix solides et assurer la fiabilité dans la durée. L’IA est un accélérateur, pas un remplaçant.

Si vous éditez un logiciel, la question n’est plus seulement « mon produit est-il meilleur ? ». C’est aussi « une IA peut-elle travailler avec lui ? ».

En résumé

L’histoire des clones d’Adobe ne marque pas la fin du logiciel. Elle marque la fin d’une idée : celle qu’un logiciel vaut par son code. Ce qui reste rare, c’est la fiabilité, l’accompagnement et la capacité à s’adapter. C’est là que se jouera la valeur dans les années qui viennent.

Sources

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *